Les expositions Temporalités depuis l’ailleurs et Ce que racontent les collections : les femmes et l’art au Québec

6 octobre 2021 / Amaryllis Beaudry

Les expositions Temporalités depuis l’ailleurs et Ce que racontent les collections : les femmes et l’art au Québec

Je vous invite à visiter avec moi deux expositions actuellement présentées au Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke : Temporalités depuis l’ailleurs une exposition tout en douceur, délicatesse et profondeur et Ce que racontent les collections : les femmes et l’art au Québec, une exposition révélatrice et historique.

Jin-me Yoon - Temporalités depuis l’ailleurs

Le 30 septembre dernier, j’ai eu la chance d’aller au vernissage de l’exposition bilan Temporalités depuis l’ailleurs, produite et mise en circulation par le Musée d’art de Joliette. On y découvrait une rétrospective de la carrière de l’artiste Jin-me Yoon, une Canadienne établie en Colombie-Britannique et aux racines sud-coréennes.

 

Lors de ma visite, c’est Jean-François Bélisle, le directeur général et conservateur en chef du Musée d’art de Joliette qui nous a accueillis, nous expliquant, le sourire aux lèvres, qu’il était un intrus au Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke. C’est lui qui a monté l’exposition de Jin-me Yoon à Joliette, ayant été un grand admirateur de son œuvre depuis ses études universitaires en histoire de l’art. Nous avons donc eu la chance de l’écouter raconter l’origine des œuvres exposées et leur signification. Passionné, il nous a expliqué que l’artiste accorde une importance particulière au mode de diffusion de ses photographies et vidéos. C’est pourquoi certaines photos étaient exposées sur de larges colonnes, d’autres sur des écrans double face ou dans de simples cadres.

 

La série qui m’a le plus marquée est Souvenirs of the Self (1991). Les six photographies qui la composent prennent originalement la forme de cartes postales, que l’artiste avait déposées dans les magasins de touristes. Sur ces photos, on voit Jin-me Yoon debout, figée, devant des paysages iconiques de l’Ouest canadien. Face à son origine asiatique, on la perçoit peut-être comme une touriste plutôt que comme une Canadienne, mais pourquoi ? Sachant que le Canada est un pays multiculturel, cette œuvre m’a amené à réfléchir sur l’appartenance et sur les préjugés liés à l’image.

 

Une autre série percutante présentée à l’exposition est A Group of Sixty-Seven (1996). Dans celle-ci, on retrouve 67 fois un individu différent dos à un paysage marquant de l’Ouest canadien peins par Lawren S. Harris, puis face à une œuvre d’Emily Carr. On nous explique que cette série renvoie au fait que le Groupe des Sept, une formation de célèbres peintres masculins portrayant les paysages naturels intouchés du Canada, a grandement contribué à la formation de l’imaginaire collectif canadien, alors que les œuvres d’Emily Carr sont moins reconnues. Sur ses toiles, illustrant aussi des paysages canadiens, figure la présence de signes autochtones, ce qui déconstruit le mythe des grandes étendues naturelles intouchées.

 

Ce que racontent les collections : les femmes et l’art au Québec

Après avoir découvert l’univers créatif de Jin-me Yoon, j’ai pu prendre conscience de l’évolution de la place des femmes sur la scène créative au Québec à travers l’exposition Ce que racontent les collections : les femmes et l’art au Québec. Je me suis sentie grandement interpellée par cette exposition révélatrice de la condition de la femme dans notre société. J’y ai appris que moins de 20 % des œuvres que le Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke possède ont été réalisées par des femmes et que cette proportion est commune au Québec et dans le monde entier. Ce chiffre est révélateur des obstacles qui ont limité les femmes dans leurs carrières artistiques, mais aussi de la place qu’elles ont eue sur la scène artistique. Non seulement les femmes avaient moins la chance de créer, mais leurs œuvres étaient aussi moins reconnues que celles des hommes.  

 

L’œuvre À Grande Échelle m’a ébloui par sa beauté et sa signification. Les sculptures de Mariette Rousseau-Vermette et de Pierrette Mondou présentent le tissage sous un nouvel angle. Cette pratique dite féminine, artisanale et domestique prend ici la forme d’une œuvre imposante, simple et magnifique.

 


À travers l’histoire, les femmes ont été le modèle de l’art, les muses, plutôt que les artistes. L’acte de se représenter soi-même remet en question les codes de représentation du corps féminin et permet d’échapper à ce traditionnel rôle historique. Dans Tirer le portrait, on découvre le corps de la femme analysé, décortiqué, échappant aux normes idéalistes de l’art. On retrouve dans ces autoportraits des représentations très près de la réalité, avec des rides, des cernes, des signes de fatigue.

 

Si, comme moi, vous aimez vous questionner, vous remettre en question et réfléchir à l’identité et à la place des minorités à travers l’histoire, je vous recommande chaudement de visiter Temporalités depuis l’ailleurs et Ce que racontent les collections : les femmes et l’art au Québec. Pas besoin d’être un habitué ou une habituée du musée, ces expositions sont très bien expliquées avec des informations près de chaque collection. Partez à la découverte au Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke !


Partager

À propos de l'auteur
Amaryllis
Beaudry

Bonjour ! Je m’appelle Amaryllis Beaudry et je suis la stagiaire en communication marketing de Destination Sherbrooke pour l’automne 2021. J’adore voyager, surtout avec mon westfalia ou en sac à dos, pour explorer avec simplicité. J’aime aussi me sentir en voyage dans ma propre ville, Sherbrooke. C’est pourquoi je saute sur n’importe quelle occasion de sortir de chez moi pour la découvrir à travers les multiples activités proposées, les restaurants et les spectacles. Je suis très heureuse de pouvoir partager mon amour de ma ville natale avec vous alors embarquez, on va s’amuser!